Comment entamer une conversation avec une personne sans droit de séjour ?

Fairwork Belgium: Stap 2: Spreken

Une personne souhaitant informer les personnes sans droit de séjour au sujet de leurs droits en tant que travailleur doit avant tout pouvoir initier cette conversation. Cela ne semble pas toujours facile et l'information ci-dessous peut vous aider.

Étape 2 : parler

Vous questionner : quelle position occupez-vous en tant qu'assistant social ?

Ce que les personnes vont accepter de raconter va dépendre de la manière dont elles vont percevoir l'assistant social.

  • Y a-t-il un lien entre l’assistant social et les autorités ? Ou la personne concernée pense-t-elle que l’assistant social a un tel lien ?
  • La personne sait-elle clairement dans quelle mesure les informations fournies à l’assistant social sont transmises ou non à d’autres instances ?
  • La personne concernée reçoit-elle une aide matérielle, de quelque forme que ce soit, d'un service/d'une organisation social(e) ? Quelles sont les conséquences pour cette aide matérielle s’il ressort que la personne dispose néanmoins d’un revenu ?

 

Analysez les réponses à ces questions et ce que cela signifie pour la personne concernée lorsqu'elle parle d'un travail (au noir). Soyez clair à ce sujet et ouvert à l’égard de la personne sans droit de séjour. Des affiches peuvent éventuellement être accrochées dans la salle d’entretien qui indiquent clairement que l’organisation est tenue au secret professionnel.

Conseils pour aider à démarrer la conversation

Ces quelques conseils peuvent peut-être permettre d’entamer la conversation sur ce sujet :

  • Parlez du travail en termes généraux. Expliquez par contre clairement que vous êtes assistant social. En précisant, par ex. :
    • Je ne transmettrai rien de ce que vous dites aux autorités.
    • Je comprends que vous n’ayez pas d’autre choix que de travailler, si vous voulez survivre.
    • Je ne vous juge pas parce que vous travaillez au noir.
    • Vous avez des droits en tant travailleur. Les employeurs peuvent être poursuivis, pas les travailleurs.
  • Posez des questions et commencez par des questions générales :
    • Parvenez-vous à joindre les deux bouts ?
    • (Lors de la prise d’un rendez-vous) Quand pouvez-vous venir ? Ne devez-vous pas travailler ? Est-il facile de prendre congé de votre travail ?
    • Le travail n’est-il pas trop pénible ?
    • Entretenez-vous une bonne relation avec votre patron ?
  • Si vous constatez un des facteurs de problèmes sur le lieu de travail (voyez ci-dessous), vous pouvez réagir et poser des questions plus spécifiques.
    • Comment se fait-il que vous ayez mal au dos?
    • Avez-vous souvent mal de tête ?
    • Pourquoi n’arrivez-vous soudainement plus à subvenir à vos besoins ?
  • Parler du travail est parfois plus facile quand il s’agit de situations d’ "amis", que lorsque vous devez admettre que vous parlez de vous. Certainement lorsqu’il s’agit de sujets douloureux dont la personne concernée a éventuellement honte. De nombreuses conditions de travail sur le marché de l’emploi informel sont également "grises" ; il n’est pas toujours clairement établi dans quelle mesure le travailleur a lui-même commis un fait punissable. Par ex. lorsque de faux papiers ou des fausses factures sont utilisés ou quand le travailleur a recruté lui-même des collègues. Donnez dès lors à la personne en face de vous l’espace pour parler à la troisième personne et essayez de cette manière d’informer correctement le travailleur.

L’expérience montre qu’une fois que l’on arrive à parler du travail, les récits sur d’éventuels abus et problèmes viennent d'eux-mêmes.

Parler en groupe

Parler du travail peut parfois être plus facile dans une discussion de groupe qu’individuelle. Les travailleurs qui apprennent que d’autres personnes ont vécu la même chose sont encouragés à se sortir eux-mêmes de leurs conditions de travail et problèmes.

Toute personne qui prévoit de commencer une discussion en groupe avec des personnes sans droit de séjour est alors mieux placée pour prévoir de mettre ce sujet sur la table.

Que faire si cela ne fonctionne pas ?

Si vous n’arrivez pas à débuter l’entretien, vous pouvez quand même rester prêter attention aux éventuels signes d’abus sur le lieu de travail. Nous reprenons dans la section suivante un certain nombre d’éléments auxquels vous pouvez être attentif. À l'étape 3, nous vous donnons quelques premiers outils pour agir si nécessaire.

Vous pouvez évaluer par vous-même s'il est opportun d'insister pour avoir une discussion sur la situation de travail. Dans certains cas, il peut être justifié que le travailleur social entreprenne les démarches de sa propre initiative et interviennent en situation d'exploitation (voir étape 3).

Quelques indices de problèmes sur le lieu de travail

Dans le cadre de l'assistance individuelle :

  • Certaines personnes en sans droit de séjour sont fortement contrôlées par leur employeur. Des rendez-vous qui ne peuvent être pris que très difficilement peuvent indiquer que les personnes les surveillent en permanence (les soi-disant "amis" comme expliqué ci-dessous). Communiquez alors au moins les informations sur les droits et montrez que vous êtes ouvert à un entretien. Assurez-vous que la personne concernée reçoive elle-même les informations de contact. Si possible faites en sorte d'avoir un entretien entre quatre yeux, éventuellement en prévoyant vous-même un interprète.
  • Certaines conditions de travail pénibles peuvent également être visibles physiquement. Des personnes qui travaillent de nuit et montrent des signes clairs de surmenage, ce qui leur permet parfois difficilement de tenir d'autres engagements.

Problèmes médicaux :

    • Certains problèmes pour lesquels l'aide médicale urgente est demandée peuvent indiquer un travail physique lourd: par ex. des problèmes de dos. Certains problèmes médicaux sont la conséquence d’ un accident de travail. Un assistant social qui gère le dossier médical d’une personne sans droit de séjour doit aussi s’intéresser à l'origine de certains problèmes (voir Étape 3).
  • Les travailleurs victims d’accidents du travail graves ou mortels sont souvent amenés aux services des urgences des hôpitaux. Dans ce cas, des facteurs très spécifiques peuvent indiquer une situation de travail :
    • la nature de la blessure
    • des vêtements de travail
    • le comportement de la personne qui amène le blessé (l’employeur?)
    • un récit incohérent sur la cause de l’accident.

Dans pareille situation, une declaration d’accident du travail peut faire toute la différence. Certainement quand il s’agit d’un accident entraînant des blessures permanentes et une incapacité de travail (voir Étape 3).

Besoins matériels

  • Les travailleurs qui sont aussi logés par leur employeur sont encore plus dépendants. S’ils perdent leur travail, ils sont généralement à la rue au sens littéral. Les travailleurs sociaux ou le personnel d’accueil des centres pour les sans-abris et les sans domicile fixe peuvent demander aux nouveaux arrivants quelle est la cause de l’absence de logement ; s’ils ont été mis dehors par quelqu’un ? S’agit-il de leur employeur ? Ils peuvent ainsi être informés qu’ils ont également des droits dans ce cas.
  • Il arrive que certaines personnes ou familles qui semblaient se débrouiller auparavant commencent soudainement à faire appel à l’aide d’urgence. Quelqu’un a-t-il perdu son travail ? Cette personne a-t-elle peut-être encore droit à un salaire ou à une indemnité de licenciement ?

Retour

  • Les abus incessants (par ex. Les salaires qui ne sont pas payés) peuvent constituer une raison pour les personnes sans droit de séjour de demander un retour volontaire vers leur pays d’origine. Les services responsables à cet égard peuvent de préférence se poser systématiquement la question de savoir si les personnes concernées ont travaillé et si elles ont encore droit à un salaire. Le moment du retour constitue aussi souvent tout simplement le moment où elles sont prêtes à parler et à revendiquer leurs droits.
  • Dans les centres fermés, se retrouvent de très nombreux travailleurs arrêtés lors de contrôles sur les chantiers. Pour ces travailleurs, les constatations sont déjà faites, ce qui permet un début de preuve de leur emploi. Les assistants sociaux des centres fermés pourraient systématiquement vérifier si les personnes qu’ils accompagnent sont suffisamment informées et pourraient encore peut-être faire valoir des droits en tant que travailleurs.
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Attention !
Soyez attentif aux ‘amis’ et ‘traducteurs’ éventuels. Il n’est pas toujours possible d’évaluer leur rôle précis. Ils peuvent éventuellement décourager le demandeur d’aide ou vous-même de parler librement, parce qu’ils sont eux-mêmes l’employeur ou entretiennent un lien avec celui-ci. Assurez-vous que le demandeur d’aide peut ensuite vous contacter personnellement ou prévoyez même si nécessaire et si possible un interprète d’ une organisation spécialisée d’interprètes sociaux.

Passer à l'étape suivante ?

Nous nous posons trois questions. Les réponses donnent un meilleur aperçu des étapes utiles à l’accompagnement des travailleurs sans droit séjour.

Fairwork Belgium: Stap 1: Begrijpen

Étape 1 : comprendre

Que signifie "travail" pour les travailleurs sans papiers ?

Fairwork Belgium: Stap 2: Spreken

Étape 2 : parler

Comment entamer une conversation avec une personne sans droit de séjour ?

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Étape 3 : intervenir

Quelles sont les démarches judicieuses à prendre dans les situations problématiques ?